Magie et culture thaïlandaise
Pour les voyageurs et les curieux d'ethnologie : ce que les Thaïlandais croient, honorent et pratiquent, des esprits du quotidien aux grands temples.
Pour comprendre la Thaïlande, il faut comprendre qu'elle repose sur la rencontre de deux mondes bien plus anciens qu'elle. D'un côté, le bouddhisme theravada, arrivé d'Inde puis du Sri Lanka il y a plus de mille ans, qui structure la morale, la méditation et la vie monastique. De l'autre, un fond animiste et brahmanique hérité des peuples môn et khmers, peuplé de divinités, d'esprits tutélaires et de forces invisibles.
Le génie de la culture thaïlandaise a été de ne jamais opposer ces deux mondes. Un moine peut réciter un soutra pali et, dans la même cérémonie, invoquer Brahma ou Shiva sans que personne n'y voie de contradiction. Cette synthèse a un nom : le Saiyasart.
Le Saiyasart n'a pas besoin qu'on lui rappelle de l'extérieur que la magie malveillante se paie : il le dit lui-même, et depuis toujours.
SAIYASART, chapitre 2
Le peuple des esprits
Le mot thaï phi se traduit paresseusement par « fantôme ». Il couvre bien davantage : l'esprit d'un défunt, le génie d'un arbre ou d'un cours d'eau, le gardien d'une maison, la présence sans nom d'un carrefour. Certains reçoivent des offrandes quotidiennes, d'autres sont redoutés ; la plupart sont simplement là, et l'on compose avec eux comme avec des voisins.
Le voyageur en croise les traces partout sans toujours les voir : les troncs d'arbres ceints de rubans de satin, offerts à l'esprit qui les habite — la plus célèbre est Nang Takhian, la dame de l'arbre de fer ; les guirlandes et les boissons sucrées déposées au bord d'une route, à l'endroit exact d'un accident mortel, pour apaiser l'esprit d'une personne morte brutalement. On ne décore pas un souvenir, on apaise une présence.
La cosmologie thaïe n'est pas un fourre-tout : elle étage six cieux au-dessus du monde humain, du ciel des Quatre Grands Rois — d'où viennent la plupart des occupants des maisons d'esprits — jusqu'aux mondes de Brahmā. Mais aucun de leurs habitants n'est sorti du cycle des renaissances : c'est pourquoi on peut les honorer sans contradiction, et pourquoi on ne prend refuge qu'ailleurs.
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Un visiteur qui entre au Musée national de Bangkok éprouve toujours la même impression : les Bouddhas se ressemblent tous, et pourtant aucun ne ressemble au précédent. La tradition thaïe range cette diversité en huit grands styles, qui se chevauchent parce qu'ils correspondent à des royaumes ayant coexisté :
| Style | Période (environ) |
|---|---|
| Dvaravati | VIe-XIe siècle |
| Srivijaya | VIIIe-XIIIe siècle |
| Lopburi (art khmer au Siam) | XIe-XIVe siècle |
| Chiang Saen ou Lanna | XIe-XVIIIe siècle |
| Sukhothai | XIIIe-XVe siècle |
| U Thong | XIIe-XVe siècle |
| Ayutthaya | XIVe-XVIIIe siècle |
| Rattanakosin | de 1782 à nos jours |
Les connaître n'est pas de l'érudition gratuite : c'est la seule manière de dater approximativement une statue, de situer une amulette, et de comprendre pourquoi deux pièces du Benjapakee ne se ressemblent en rien.
Un regard d'ethnographe
Les amulettes thaïlandaises sont aussi un objet d'étude. Dès 1926, Pierre Lefèvre-Pontalis publiait dans les Annales du musée Guimet une étude consacrée à des amulettes siamoises qu'il avait lui-même recueillies auprès de bateliers du Haut-Siam, dans la région de Kamphaeng Phet. Ils les portaient roulées dans l'écharpe qui leur servait de ceinture, avec leur tabac et leur briquet — des objets d'usage aussi naturels que n'importe quel effet personnel. Un siècle plus tard, ce travail rappelle qu'au-delà de la ferveur et du marché, ces objets éclairent l'histoire religieuse de toute une région.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le Saiyasart ?
Le mot thaï qui recouvre l'ensemble des sciences occultes, des pratiques rituelles et des savoirs magiques transmis de maître à disciple, souvent oralement. Il est né de la rencontre du bouddhisme theravada et d'un fond animiste et brahmanique bien plus ancien.
Les Thaïlandais bouddhistes croient-ils aux esprits ?
Oui, et sans contradiction : les textes bouddhiques ne nient pas l'existence des esprits et des divinités, ils les situent dans le même cycle que les humains, soumis au karma et à l'impermanence. On peut les honorer et les apaiser ; on ne prend pas refuge en eux.
Aller plus loin avec le livre
Cette page reprend une petite partie de SAIYASART — Le Grand Livre de la Magie Sacrée de Thaïlande : 33 chapitres, 208 pages en couleur, 30 familles d'amulettes et de talismans, un glossaire de 120 termes.