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Culture thaïe

Sak Yant, le tatouage sacré thaïlandais

Signification, grands maîtres, déroulement d'une séance, règles et hygiène : ce qu'il faut savoir avant de se faire tatouer en Thaïlande.

Le mot se décompose en deux : Sak, « tapoter, tatouer », et Yant, transcription thaïe du sanskrit yantra, un diagramme sacré. Un Sak Yant est donc un yantra tatoué à même la peau — la version corporelle et permanente d'un dispositif que l'on retrouve aussi peint sur tissu, inscrit au-dessus des portes, brodé sur des chemises rituelles ou gravé dans la cire des bougies.

Un maître de Sak Yant face à un disciple au dos couvert de tatouages sacrés
Un maître et son disciple (illustration du livre, partie IV)

Ce qui distingue un Sak Yant d'un tatouage décoratif, c'est que le dessin seul ne suffit jamais : au moment même de son application, le maître doit l'accompagner de son souffle et de la récitation d'un Kata, qui l'« active ». Un Yant reproduit à l'identique par un tatoueur non initié reste, aux yeux de la tradition, vide de sa dimension sacrée.

Origines

Le tatouage sacré remonte à au moins mille ans en Asie du Sud-Est, au croisement des croyances animistes, des influences brahmaniques venues d'Inde par le royaume khmer, et du bouddhisme theravada. Mais c'est à l'époque d'Ayutthaya, sous le roi Naresuan, qu'il s'impose comme une pratique guerrière : les soldats se faisaient couvrir le corps de motifs protecteurs, convaincus qu'ils rendraient leur peau impénétrable aux lames, puis aux balles. Avec le temps, les motifs se sont diversifiés : protection, chance, réussite professionnelle, charisme, séduction, apaisement.

Quelques motifs célèbres

  • Yant Ha Taew, « cinq rangées » — cinq lignes de sceaux et de formules, chacune associée à une protection différente. Le plus connu en Occident.
  • Yant Paed Tidt, « huit directions » — des inscriptions en étoile autour d'un point central, pour une protection dans toutes les directions.
  • Les animaux de l'Himapant, la forêt mythique : le tigre pour le charisme et le pouvoir personnel, le Naga pour la protection et la sagesse, l'oiseau Hongsa pour l'élégance et la réussite sociale.

Une différence essentielle avec le tatouage occidental : ce n'est pas le client qui choisit son motif. Traditionnellement, le maître détermine le Yant le plus approprié après avoir échangé avec la personne sur sa situation et ses besoins.

Les maîtres qui ont fait le Sak Yant moderne

Luang Por Phern, du Wat Bang Phra (province de Nakhon Pathom), est le plus connu du grand public. C'est de lui que vient le tigre bondissant devenu l'emblème international du Sak Yant, et c'est sa cérémonie annuelle qui a fait le tour du monde. C'est aussi lui qui a fixé la liste d'interdits la plus largement reprise.

Luang Por Guay, du Wat Kositaram (province de Chai Nat), tenait un registre de ses disciples : plus de cinquante-cinq mille noms, à une époque où l'on venait au temple à pied. Et Luang Por Pratueang, du Wat Dan Charoen Chai (Phetchabun), était réputé pour éprouver publiquement la puissance de ses tatouages.

Ce n'est pas l'encre qui protège, c'est l'engagement qu'elle scelle.

SAIYASART, chapitre 17

Se présenter chez un maître

Les offrandes ne sont pas laissées au choix, et l'on trouve tout le nécessaire chez les marchands de guirlandes devant les temples : une guirlande de fleurs, des bâtons d'encens, des bougies jaunes, un petit paquet de noix de bétel avec ses feuilles et du tabac — ou, à défaut, un paquet de cigarettes —, et une somme d'argent dont le montant n'est jamais affiché : renseignez-vous auprès d'autres visiteurs.

  1. Déposez vos offrandes et votre enveloppe sur le plateau que l'on vous remet.
  2. Approchez-vous du maître à genoux, jamais debout.
  3. Tendez-lui le plateau, tête légèrement inclinée, et ne le lâchez qu'après sa bénédiction.
  4. Inclinez-vous trois fois, puis placez-vous comme il l'indique.
  5. Pendant le tatouage, gardez les mains jointes devant le front si l'emplacement le permet ; sinon, restez immobile et silencieux.
  6. À la fin, le maître récite sur le motif et souffle dessus : c'est ce souffle qui l'active. Prosternez-vous trois fois, et partez.

La question de l'hygiène

Le Sak Yant traditionnel se pratique à l'aiguille longue, et dans beaucoup d'ateliers cette aiguille est simplement essuyée entre deux clients. Aucun cas de transmission du VIH par un Sak Yant n'est documenté, mais les hépatites B et C sont un risque réel : une trace de sang invisible suffit, et le virus de l'hépatite B survit longtemps sur une surface. Plusieurs grands temples, dont le Wat Bang Phra, ont adopté le mouchoir jetable et interdisent de tatouer les mineurs, mais les stérilisateurs restent rares. Exigez de voir l'aiguille sortir d'un emballage neuf, ou apportez la vôtre. Un maître sérieux n'en prendra pas ombrage ; un maître qui s'en offusque vous renseigne sur lui-même.

Les règles à respecter

Recevoir un Sak Yant, c'est entrer dans une relation de respect durable. L'essentiel tient dans les cinq préceptes du bouddhisme — ne pas tuer, ne pas voler, ne pas mentir, pas de conduite sexuelle inappropriée, pas de substances qui altèrent le jugement —, que la tradition tient pour la condition même de la puissance du Yant. S'y ajoutent des interdits propres à chaque lignée : ceux de Luang Por Phern interdisent par exemple de passer sous du linge étendu ou sous une maison sur pilotis, et certains aliments selon le motif reçu.

Certains maîtres contemporains en donnent une version plus brève et franchement éthique : ne pas mal parler de ses parents ni de son maître, ne pas se battre avec les autres disciples, ne pas s'enivrer, ne pas se vanter d'être protégé — et ne pas croire que le Yant protège celui qui s'en sert pour mal agir.

Le Wai Kroo, l'hommage au maître

Table d'offrandes devant un autel de bouddhas dorés lors d'une cérémonie de Wai Kroo
La table d'offrandes du Wai Kroo (illustration du livre, chapitre 20)

Recevoir un Sak Yant ne clôt pas la relation avec le maître : elle l'inaugure. Chaque année, le Wai Kroo (« salutation au maître ») rassemble les disciples pour renouveler ce lien. Le plus célèbre se tient au Wat Bang Phra au début du mois de mars : des milliers de porteurs de Sak Yant, des offrandes, des récitations collectives, et des moines qui viennent « recharger » les tatouages d'un souffle. C'est là aussi que se produisent les célèbres scènes de transe où certains participants imitent l'animal de leur Yant.

Sur l'autel, des masques — les Siarn Bucha — figurent les maîtres primordiaux. Et le Wai Kroo n'appartient pas qu'au monde de la magie : musiciens, danseurs, artisans, maîtres d'armes et enseignants ont le leur.

Ce que le livre raconte en plus

  • Comment lire un Yant : les « os » du diagramme, l'Unalome, le trigramme Ma A U.
  • Les sept grandes catégories de pouvoirs, et leur vocabulaire différent dans le Nord.
  • Le Korb Kroo, le masque de l'ermite Por Gae, et ce qui se joue réellement pendant les transes.
  • Les bougies rituelles, où le Yant est roulé dans la mèche.

Questions fréquentes

Que signifie Sak Yant ?

« Sak » signifie tapoter ou tatouer, et « Yant » vient du sanskrit yantra, diagramme sacré. Un Sak Yant est donc un yantra tatoué sur la peau, « activé » par le souffle et la récitation d'un Kata par le maître.

Un étranger peut-il se faire tatouer un Sak Yant ?

Oui, de nombreux maîtres accueillent des étrangers. La tradition demande en retour de respecter le maître, les offrandes et le déroulement codifié de la séance, ainsi que les règles de conduite qui accompagnent le Yant.

Le Sak Yant est-il dangereux pour la santé ?

Le risque principal concerne les hépatites B et C, transmissibles par une aiguille mal nettoyée. Exigez de voir l'aiguille sortir d'un emballage neuf, ou apportez la vôtre : un maître sérieux n'en prendra pas ombrage.

Quand a lieu le Wai Kroo du Wat Bang Phra ?

Traditionnellement au début du mois de mars, au Wat Bang Phra, dans la province de Nakhon Pathom, à environ une heure de route de Bangkok.

Couverture du livre SAIYASART

Aller plus loin avec le livre

Cette page reprend une petite partie de SAIYASART — Le Grand Livre de la Magie Sacrée de Thaïlande : 33 chapitres, 208 pages en couleur, 30 familles d'amulettes et de talismans, un glossaire de 120 termes.

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