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La dame qui appelle la fortune

Nang Kwak (Nang Gwak)

Signification, légendes et usage de la plus populaire des figures de prospérité thaïlandaises — et de son compagnon Chuchok.

Dans d'innombrables boutiques de Thaïlande, une jeune femme en habit traditionnel, assise ou agenouillée, lève la main droite vers les passants. C'est Nang Kwak — Nang Gwak dans la graphie des collectionneurs —, la dame qui appelle la fortune. On la trouve en statuette comme en amulette miniature, installée à l'entrée des commerces ou sur l'autel du foyer, pour attirer la clientèle et la prospérité.

Statuette de Nang Gwak, assise, la main droite levée, avec guirlande de jasmin et boisson rouge en offrande
Nang Gwak, la main levée dans le geste d'appel (illustration du livre, chapitre 13)

La signification du geste

Son nom dit tout : « la dame qui invite d'un geste de la main ». Encore faut-il lire correctement ce geste, que l'œil occidental confond souvent avec un salut. La main droite levée, paume vers le bas, doigts repliés vers soi, c'est le geste thaï d'appel. Il signifie « approchez », pas « au revoir ». C'est ce geste, gwak, qui lui a donné son nom.

D'où vient Nang Kwak ? Deux récits

La tradition ne s'accorde pas sur ses origines, et les deux versions qui circulent sont trop différentes pour être conciliées : l'une est indienne et bouddhique, l'autre thaïe et animiste.

Supawadee, la fille des marchands

La première fait d'elle une jeune fille bien réelle, contemporaine du Bouddha, nommée Supawadee. Ses parents, petits marchands ambulants du royaume de Savatthi, finissent par s'acheter une charrette pour aller vendre de village en village. Au cours d'un voyage, Supawadee entend prêcher un arahant, prend refuge dans les Trois Joyaux et reçoit de lui une bénédiction de fortune ; plus tard, Phra Sivali y ajoute la sienne. Ses parents remarquent alors que les jours où leur fille monte dans la charrette, tout se vend ; ils l'emmènent toujours, et deviennent riches.

Ce que l'on invoque en elle n'est pas un pouvoir, c'est le fruit d'une conduite.

SAIYASART, chapitre 13

C'est la version que retiennent la plupart des temples. Elle ne fait pas de Nang Kwak une divinité de la chance, mais une jeune femme dont la fortune vient d'avoir écouté, compris et pratiqué.

La fille du seigneur des forêts

La seconde version, venue du fonds animiste et du Ramayana, en fait la fille d'un seigneur des forêts appartenant au premier ciel de la cosmologie brahmanique. Là où elle s'installe, marchands et nobles affluent d'eux-mêmes et couvrent la maison de présents.

De la charrette à l'échoppe

Le passage d'un récit à l'autre s'est fait par l'image. Les statues anciennes montraient une femme assise dans une charrette de marchand ; les brahmanes établis au Siam l'ont représentée assise dans une échoppe, la main droite levée — la Nang Kwak que l'on connaît aujourd'hui.

Le lien avec Phra Sivali

Statue dorée de Phra Sivali debout, avec bol à aumônes, bâton et parasol
Phra Sivali, l'arahant de l'abondance (illustration du livre, chapitre 9)

Ce n'est pas un hasard si Phra Sivali apparaît dans l'histoire de Supawadee. Ce disciple direct du Bouddha fut déclaré par lui le premier de tous pour l'abondance des offrandes reçues : partout où il passait, la communauté ne manquait de rien. Mais la tradition insiste sur la logique de cette abondance : elle est le fruit d'une générosité accumulée sur d'innombrables existences. L'amulette de Sivali n'est donc pas censée dispenser de donner — elle est censée le rappeler. Exactement comme Nang Kwak.

On le reconnaît à son iconographie invariable : moine debout ou marchant, bol à aumônes, bâton, grand parasol replié sur l'épaule. Sa statuette est très répandue sur les autels de commerce.

Chuchok, l'autre figure de la prospérité

Statuettes dorées de Nang Gwak et de Chuchok côte à côte
Nang Gwak et Chuchok, souvent réunis dans les commerces (illustration du livre, chapitre 13)

Chuchok (Jujaka en pali) vient d'un tout autre registre : le Vessantara Jataka, récit de l'avant-dernière vie du Bouddha. C'est un vieux brahmane mendiant, voûté et famélique, qui va jusqu'à réclamer au prince Vessantara ses propres enfants. Sa moralité est discutable ; ce qu'on retient de lui, c'est son habileté. Rusé, insistant, jamais à court d'arguments, il obtient toujours ce qu'il est venu chercher.

C'est cette qualité que ses statuettes et amulettes sont censées transmettre : l'art de négocier, de convaincre, de conclure. D'où son association avec Nang Kwak dans tant de boutiques thaïlandaises : l'une appelle la clientèle, l'autre conclut la vente.

Où installer Nang Kwak

Petit autel à l'entrée d'une boutique thaïlandaise avec statuettes et offrandes
Un autel de commerce (illustration du livre)

On la place bien en vue : à l'entrée d'un commerce, ou sur l'autel domestique. Sur un autel où figure aussi une image du Bouddha, celle-ci occupe toujours la place la plus haute. Et comme pour toute figure sacrée, on évite de la poser à même le sol ou dans un lieu jugé impur.

La version des temples rappelle l'essentiel : dans l'esprit thaïlandais, Nang Kwak accompagne une conduite plutôt qu'elle ne la remplace. Les amulettes ne dispensent jamais de l'effort, du travail ni de la vertu.

Questions fréquentes

Que signifie Nang Kwak ?

« La dame qui invite d'un geste de la main ». Kwak (ou gwak) désigne le geste thaï d'appel : paume vers le bas, doigts repliés vers soi, qui veut dire « approchez » et non « au revoir ».

Nang Kwak ou Nang Gwak : quelle orthographe ?

Les deux. Nang Kwak est la transcription officielle (RTGS) ; Nang Gwak est la graphie des collectionneurs, plus proche de la prononciation, retenue dans le livre.

Où placer une statuette de Nang Kwak ?

Bien en vue, à l'entrée d'un commerce ou sur l'autel domestique, dans l'idée qu'elle attire la clientèle et la prospérité du foyer ou de l'entreprise. Elle est souvent installée aux côtés de Chuchok.

Voir aussi : les divinités de la prospérité · le Gumarn Tong · le glossaire.

Couverture du livre SAIYASART

Aller plus loin avec le livre

Cette page reprend une petite partie de SAIYASART — Le Grand Livre de la Magie Sacrée de Thaïlande : 33 chapitres, 208 pages en couleur, 30 familles d'amulettes et de talismans, un glossaire de 120 termes.

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